!!! Évenement reportée à Novembre 2020 !

Mardi 17 mars à l’Ambazada
à 20h30
Concert-projection-performance-théâtre brut
avec Cratères lunaires et Scherzo di porto Alang

// Cratères lunaires
André Robillard & Alexis Forestier

https://lesendimanches.fr/satellites/crateres-lunaires-le-meme-systeme/

Œuvres emblématiques de l’art brut, les fusils d’André Robillard ont fait le tour du monde, tandis que ses engins spatiaux et autres spoutniks sont en orbite. L’imaginaire qu’il a développé autour du cosmos est au cœur de ces Cratères lunaires qui révèlent sa face cachée de musicien. Sa facette de musicien est moins connue du public. Un disque sublime Changer la vie (Le Dernier Cri / In Poly Sons) paru en 2002 fait l’effet d’une bombe dans les milieux de la musique expérimentale DIY et décalée. Quelques années plus tard, avec la rencontre de la compagnie Les Endimanchés, ces deux univers visuels et sonores vont se télescoper sur scène et se mélanger à merveille aux facéties post-théâtrale d’Alexis Forestier et de sa troupe déglinguée. Musicien punk au début des années 80, il se passionne vite pour l’écriture scénique et monte sa compagnie pour produire des spectacles puisant tour à tour dans l’écriture poétique, la citation musicale, la performance théâtrale et l’opéra. Avec Cratères Lunaires, il crée une performance sonore où se déploie la voix d’André Robillard. Dans un facétieux dialogue musical et visuel peuvent alors défiler des chansons allemandes ou auvergnates, de la musique populaire malmenée ou des situations scéniques absurdes prenant pour prétexte l’exploration de la Lune, la conquête spatiale et toutes les formes de vie interplanétaires chères à André Robillard.

// Scherzo di porto Alang

http://emilienleroy.com/index.php/sonata-di-porto

Depuis 2010, Emilien Leroy, réalise son projet Sonata di porto dans lequel il enregistre et il filme des zones portuaires pour en composer des pièces sonores , des films et des performance video-sonores. Lisboa – Gdansk- Saint-Nazaire – Annaba – Istanbul – Hamburg – Dakar- Aliaga- Alang

Début 2019, Emilien Leroy et Caroline Beuret partent filmer et enregistrer les chantiers de démolition navale d’Alang , en Inde . A partir de cette matière, ils construisent ensemble Scherzo di porto Alang : performance vidéo-sonore de 40mn.

Alang, c’est le plus grand cimetière d’épaves au monde. Une gigantesque zone industrielle crasseuse où plus de 300 cargos  et structures flottantes issus des quatre coins de la planète viennent chaque année finir leur vie. Situé au Gujarat, sur la côte Ouest de l’Inde, Alang est le symbole du peu de scrupules qu’ont les pays développés à larguer leurs déchets, y compris toxiques, dans les pays du tiers-monde.

Alang c’est aussi une armée d’ouvriers qui désossent à la main aidés de quelques grues, et font repartir les pièces de bateaux morts sur le continent indien. L’opéra d’Alang shipbreakingyard  nous emmène sur ces plages noircies, dans ses carcasses qui touchent le ciel et nous arrime aux gestes et rythmes de la désagrégation de ces monuments du capitalisme globalisé.

entrée à prix libre

 

Février 2020

    Dimanche 16 février à 15h
au Taslu
Retour sur les révoltes des paysans-travailleurs en Loire-Atlantique après 1968

– avec deux acteurs de ce mouvement,
Joseph Potiron, paysan et syndicaliste, et Olivier Tric, architecte et cinéaste.

– projection du film « le labour d’Orvault », où un flotte de tracteur investit brusquement le champ situé devant la ferme de M. Babin, cumulard notoire et amateur de tir de carabine.

Contestation de l’ordre social et rural, occupation de terres contre les « cumulards », « guerre du lait », solidarité avec les luttes ouvrières, accueil d’étudiants révolutionnaires dans certaines fermes… la Loire-Atlantique a été durablement marquée par les mouvements paysans-travailleurs. La zad, entre autre, en a hérité. Nous reviendrons l’après-midi du 16 février au Taslu sur ce fil historique avec le témoignage d’Olivier et Joseph, acteurs du mouvement. Nous invitons celles et ceux qui le souhaitent à venir compléter leurs récits.

    Mardi 18 février à 20h
à l’Ambazada
Projection du film Une nouvelle ère en présence du réalisateur et de la scénariste

    Samedi 22 février à 18h
au Taslu
Présentation du livre Carnet de bergères par ses auteures Violaine Steinmann et Marion Poinssot, toutes deux bergères.

 

Samedi 26 octobre à 17h à l’Ambazada, expo photo et présentation du livre ‘Carnets de la ZAD’ de Philippe Graton

A l’occasion de la prochaine grande mobilisation autour des enjeux du foncier sur la zad le samedi 26 octobre (plus d’info ici), Philippe Graton, qui a parcouru la zad depuis 2014, viendra présenter son ouvrage de photographies, Carnets de la zad, paru aux éditions Filigranes ce 24 septembre.

Vous trouverez un aperçu de ce bel ouvrage ici : https://www.filigranes.com/livre/carnets-de-la-zad/

quelques images de ce beau moment dans la cabane de l’Ambazada :

Et maintenant ? L’hypothèse des communs

« Ce qui nous est commun, ce qui fait commun, ce sont bien les processus de réinvention du réel que nous amorçons ensemble et qui, en retour, nous obligent collectivement. »

P. Nicolas-Le strat

« Nous préférons parler de « résurgence » des communs, comme ce qui revient après éradication ou destruction. »

I.Stengers & S. Gutwirth

14h Première partie

Le travail du commun, une échappée grâce à laquelle imaginer un avenir contre et hors du capitaliste et de l’État ?

17h Seconde partie

Quels rapports au droit pour des zones ou des territoires en recherche d’autonomie ?

Isabelle STENGERS & Serge GUTWIRTH

« Il n’y aura pas de solution Larzac à Notre-Dame-des-Landes », telle fut la sentence sans appel du gouvernement Macron dès l’abandon du projet d’aéroport. Contrairement à l’expérience aveyronnaise, les formes de propriété qu’il entend imposer sur le bocage devront effacer en tout point les 40 années de lutte commune et hisser haut le retour à la normalité et à l’individualisme. Isabelle Stengers et Serge Gutwirth font partie de ceux qui depuis leur statut de philosophe et de juriste se sont insurgés contre cette négation :

« [La zad est] un de ces milieux auxquels un droit intrinsèque devrait être reconnu. Ce droit appartient à l’avenir. Peut-être les juristes pourront-ils concocter une de ces fictions dont ils ont le secret. […] Pourquoi une forme de personnalité ne pourrait-elle être attribuée à ces milieux que nous pourrions appeler « génératifs », parce qu’ils génèrent des relations, des sensibilités nouant les humains et les non-humains qui le composent et lui appartiennent. »

Nous qui ne faisons pas partie de ce monde des juristes et qui nourrissons une hostilité viscérale vis-à-vis de l’État et de ces institutions, ne sommes guère enclins à « revendiquer » un encodage de la zad dans le vocabulaire législatif. Que cela ne soit pas l’un de nos mots d’ordre n’induit pourtant pas que nous nous opposions à ce que le rapport de force de la lutte vienne se sédimenter dans des changements de propriété foncière qui nous seraient plus favorables. Le bureau d’autodéfense administrative de la zad a d’ailleurs œuvré dans ce sens durant des mois, avec pour objectif d’accroître les limites juridiques qui s’opposeraient à de nouvelles velléités étatiques de venir anéantir nos manières de vivre. Si nous nous « compromettons » en jouant avec le droit et les institutions ce n’est donc jamais par goût, mais bien parce que là résident parfois les ultimes barricades d’un territoire autonome. L’histoire de la lutte contre l’aéroport l’a largement démontré. Ce serait un grand manque d’humilité que de prétendre que cette mauvaise fréquentation est pour nous sans risque, qu’il n’y aurait dans ce contact aucun danger d’être subvertis. Cela en serait un plus grand encore de prétendre pouvoir survivre en nous passant de ce jeu dangereux. Accroître notre acuité au piège qui parsème cette relation devient donc vital, voici une des raisons pour lesquelles nus avons invité Isabelle Stengers et Serge Gutwirth, auteurs d’un article intitulé « Le droit à l’épreuve de la résurgence des commons ». Ils y explorent la difficulté d’articuler le droit en vigueur avec ce qu’exige la vie des communs. Ils nous expliqueront comment le fait quecette vie génère nécessairement le développement de droits coutumiers est au cœur d’une tension fondamentale avec le principe de la prééminence de la loi et du droit.

Pascal NICOLAS-LE STRAT

Une propriété collective serait certes un écrin confortable pour les communs, mais son absence ne signe pas forcément leur disparition ou leur impossibilité. Une sanction juridique n’est jamais qu’une prise, sur laquelle des territoires aspirant à l’autonomie peuvent parfois s’appuyer. C’est notamment ce que font beaucoup de peuples indigènes en Amérique latine. Arturo Escobar, lors de son dernier passage au Taslu, nous a notamment détaillé le jeu subtil qu’entretiennent les Afro-descendants en Colombie avec la loi 70 qui leur octroie des territoires communaux.

Car la réalité coutumière des communs, si elle est impactée par son statut légal, est finalement relativement indépendante des emprises juridiques. Voilà pourquoi l’État, en plus de nous refuser toute entité collective, voudrait nous voir nous muer en véritables chefs d’exploitations. Il aspire en définitive à assécher ce mauvais exemple qu’est la zad. C’est que nos communs sont des communs en résistance. C’est que notre commun est « un travail ». C’est du moins ainsi que le décrit Pascal Nicolas-le Strat en opposition à ces « biens communs » qui représenteraient la portion congrue de ce que le capitalisme n’aurait pas encore totalement subsumé : l’air, l’information, la lumière… De ces ressources il ne sera pas question ici. Si nous parlons de communs, c’est que ce pourrait bien être en leur nom que se mèneront les révoltes de demain, y compris une nouvelle défense de la zad.

« Le commun parvient, et à caractériser les logiques qui nous portent tort, et à impulser les alternatives dont nous avons besoin. Il joue en contre et en pour. Il intègre un rude motif d’opposition mais ne s’y laisse pas enfermer. Le risque est en effet réel pour un mouvement d’opposition de s’auto-entretenir et de s’auto-alimenter essentiellement dans et par son opposition – une opposition qui finit par devenir à ellemême sa justification et se referme comme un piège politique, empêchant le mouvement de maturer, de cheminer et d’ouvrir des perspectives. […] Le travail du commun ne s’interrompt pas dans le moment de l’antagonisme ; il se prolonge, il se sublime luimême dans un moment positif et affirmatif par une capacité, jamais démentie, à imaginer. […] L’expérimentation peut tout à fait se concevoir comme le régime « normal » et ordinaire d’une politique du commun. Le commun n’est jamais définitivement acquis, il est sans cesse remis en chantier et réinstallé sur l’établi de nos désirs et de nos utopies. »

C’est une piste qui est tracée ici, une piste le long de laquelle nous pourrions apprendre nos propres manières de durer, à la lisière de l’État, les façons d’expérimenter à perpétuité, et d’instituer sans fonder d’institution. Pendant des années, la zad a duré en s’ancrant à l’opposition au projet d’aéroport, elle s’est bâtie dans sa rythmique, dans ses équilibres autour de cette pierre angulaire. Une fois celle-ci évanouie, d’autres équilibres, d’autres tensions, sont à inventer et à construire. D’autres projections aussi, non pas de lendemains qui chantent, mais de ce au nom de quoi nous désirons encore changer les choses. Ces communs, nous les façonnons dans un environnement politique qui les a jadis éradiqués et qui leur reste totalement hostile.